Ajami
Que voilà encore un film qu'on aurait trop aimé aimer! D'ailleurs, on l'aime, mais avec une petite pointe de regret. On adore l'idée qu'un palestinien chrétien, Scandar Copti (qui joue aussi dans le film), et un juif israélien, Yaron Shani, aient réalisé ensemble ce film qui se passe à Ajami, quartier de Jaffa, proche de tel Aviv donc, où la situation doit être, a priori, un peu moins tendue qu'à Jérusalem. Mais, pour réussir un film choral, il faut un métier à toute épreuve que sans doute, les deux jeunes réalisateurs n'ont pas. D'autant plus qu'ils ont privilégié un récit éclaté en chapitres qui font fi de la chronologie. D'où, une impression de confusion extrême, on a énormément de mal à suivre. Peut être aurait-il fallu trancher plus nettement entre film d'auteur et film politique? Et il y a tant de personnages annexes, frères, amis, qui, pour nos yeux français, avec leurs silhouettes sveltes et leurs crânes rasés, se ressemblent un peu beaucoup.
La violence est partout. Entre communautés, bien sûr. On se tue pour des bêlements de moutons arabes qui réveillent un voisin juif. Le jeune frère soldat de Dando, policier juif est retrouvé mort en territoire arabe et la haine submerge la communauté juive.
Mais au sein de chaque communauté aussi, la violence est partout. On ne se comprend pas forcément, la langue des palestiniens d'Israel est l'hébreu! Les clandestins palestiniens "de l'extérieur" comme Malek qui travaille illégalement pour financer l'opération que sa mère doit subir, pour survivre, ne sont pas vraiment bien vus. Entre clans, il y a des histoires de rackets qui peuvent aussi conduire au meurtre. Et puis, il y a le trafic de drogue. Enfin, entre musulmans et chrétiens, on ne se mélange pas: Binj, plutôt fétard, veut s'installer avec sa petite amie chrétienne et ses potes le rejettent. Abu Elias, chrétien cossu possédant un beau restaurant est un homme généreux (avec un côté "parrain")qui fait travailler Malek, et aussi Omar musulman qui est traqué par un clan adverse. Mais, lorsqu'il se rend compte qu'il y a une histoire d'amour entre Omar et sa fille, il ne le supporte pas, non seulement il chasse le jeune homme, mais il lui tend un traquenard pour qu'il soit arrété avec de la drogue par la police israelienne.
Tout cela finira mal, très mal, ce sont les innocents qui y laisseront leur peau. On a vraiment l'impression d'être dans un univers sans espoir, sans avenir.
Vous voyez comme c'est riche? Vous voyez tout ce qu'il y a à assimiler, digérer dans ce film?
Il faut le voir, bien sûr, absolument, mais je dirais, pour en tirer toute la moëlle, il faudrait le voir deux fois....