Biutiful

Publié le par ninilechat

        Un film d'Alejandro Gonzalez Inarritu? J'y vais, sans me poser le moindre début de commencement de question. Pourtant, il faut bien dire qu'on rentre beaucoup plus difficilement dans Biutiful que dans les trois opus précédents. Ou le diabolique tricot de destinées improbables nous tenait en haleine. Ici, l'intrigue est très linéaire, et on peine à trouver sa place dans cet univers misérabiliste -plus on avance, plus c'est noir. Plus on s'enfonce. Comme dans des sables mouvants: impossible de remonter à la surface.

          Uxbal a un cancer en phase terminale, deux enfants. Leur mère, Marambra (Maricel Alvarez), est une trainée maniaco-dépressive, qui couche d'ailleurs avec son propre beau-frère, Tito (Eduard Fernandez). Uxbal est une sorte d'intermédiaire entre sans papiers, des chinois entassés dans un entrepôt sordide qui fabriquent de misérables contrefaçons, et des noirs qui les vendent à la sauvette. Quand les noirs sont expulsés, les chinois sont reclassés dans le BTP. Tito est le chef, et Uxbal fait les basses besognes.

          Pourtant, il n'y a rien de mauvais chez cet homme ultra sensible qui "entend" les dernière pensées des morts. Il essaye juste, désespérément, de survivre pour ses deux enfants dont il sait la mère incapable de s'occuper, et pour elle aussi, pour laquelle il a encore de la tendresse. De la tendresse, il en a encore pour ses "esclaves", pour Lili la chinoise, pour Ibe la sénégalaise qui elles aussi se battent pour leurs enfants.... Ah, on est loin de la Barcelone pour touristes, les amis!

          Javier Bardem est fantastique -si loin des rôles de bellâtre (auquel son physique "difficile" ne le prédisposait d'ailleurs pas) dans lesquels on l'a découvert. Uxbal est aussi hanté par la transmission familiale, par son propre père qui est allé mourir au Mexique, et dont il revoit des moments de vie, des moments d'échange -autour de la mort d'un hibou, dans la neige.... Père qu'il faut d'ailleurs déterrer et aller incinérer, le cimetière faisant l'objet d'une opération immobilière. Tout ce qu'il fait tourne mal -et même très mal, les radiateurs à gaz censés chauffer le dortoir des chinois étant défectueux.

          Et, tandis qu'on se laisse petit à petit prendre à cette histoire, on se dit qu'Inarritu est décidemment un génie pour avoir OSE TOURNER cela, un film si peu fait pour un public frivole. Pour être allé au bout du désespoir, en rompant avec ce cinéma chatoyant qu'il savait si bien faire. A voir? Oui, absolument, mais en sachant ce qu'on va aller voir.



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J
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