Carnage
Que les choses soient claires: ce n'est pas un film de Roman Polanski. La pièce de Yasmina Réza est diantrement loin de son univers.... j'imagine donc que ce projet correspondait à sa sortie de quarantaine, et que ça a été un choix de circonstances. C'est du théatre filmé, un peu long, une heure eût suffi, mais voilà, on ne va pas au cinéma voir un film d'une heure!
Dans ce cadre -théatre filmé- on passe quand même un sacrément bon moment grâce à un grand quatuor d'acteurs! Théatre filmé, et théatre classique d'ailleurs: unité de lieu, de temps, d'action....
Donc, le petit Zachary Cowan assène sur le mufle du petit Ethan Longstreet un coup de bâton déterminé, qui lui brise deux dents. Les parents, en bons bourgeois civilisés, se retrouvent chez les Longstreet pour régler courtoisement les problèmes de déclaration aux assurances, etc...
Les Cowan sont des bourgeois aisés; il est avocat d'affaire; elle s'occupe de gestion de patrimoine. Ils ne prennent pas trop tout ça au tragique, espèrant plutôt s'en débarasser rapidement. Alan (Christoph Waltz) considère que son fils est une petite brute, et ça le fait plutôt rire; de toutes façons, le portable à l'oreille, il gère en même temps le futur procès d'un labo pharmaceutique qui a commercialisé un médicament dangereux. Nancy (Kate Winslet) veut aussi règler l'affaire rapidement, mais tout en défendant l'honneur de son fils et sans qu'il soit considéré comme un futur délinquant. Mais voilà, l'autre couple n'est pas aussi net, comme on va le découvrir. Michael (John Reilly) est grossiste en quincaillerie. C'est le prototype du mec bonasse, pas fin, brave type mais pourtant, horrible chose, on découvre qu'il a mis la veille à la rue le hamster de ses enfants qu'il ne supportait plus... le pauvre hamster, jeté sur un trottoir... Quant à Pénélope (Jodie Foster), c'est une vraie psychorigide, qui se pique d'intellectualisme et de tiers mondisme (elle écrit un livre sur le Darfour), de psychologie aussi, décèle chez Zachary des tendances pathologiques, barbouille le débat de grands principes, et on sent tout de suite que c'est par elle que la merde va arriver! Et, au passage, faire surgir à la surface tout ce qu'elle a tenté de refoulé, le mépris pour ce mari vendeur de chasses d'eau insensible aux beautés de l'esprit, le ratage total de son mariage....
Bref, la réunion de bonne compagnie va se transformer en scène d'hystérie collective, au cours de laquelle Nancy va involontairement vômir sur les catalogues d'exposition deBacon et de Kokoshka soigneusement disposés sur la table basse, révélant qu'elle non plus elle ne supporte plus ce mari étranger à sa famille, rivé à son portable et incapable de se déconnecter de ses affaires; les alliances peuvent évoluer, les femmes se retrouvant épisodiquement complices de circonstance face à ces brutes de mecs... Fausses sorties, rebondissement à la suite d'un mot mal pris, rentrée et reprise du combat.... Et les quatre acteurs sont formidables, de la Foster au maintien de souris grise rattatinée à Waltz et son éternel sourire sardonique, chacun incarne son personnage avec une vérité époustouflante. D'ou, le bon moment passé....
Réza et Polanski se moquent des bobos et de leurs postures si faussement civilisées, si politiquement correctes. Mais l'animal primitif est toujours prêt à ressurgir.... On les suit!